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Quartier Nord, encore, toujours

L’homme armé qui a donné lieu à un important déploiement policier dans le quartier Nord ce mardi 6 août 2019 sera sur toutes les lèvres et fera les gros titres de la presse. Pendant un temps. Puis on n’en parlera plus et on oubliera le Quartier Nord. Comme toujours. Or, dans ce quartier, c’est tous les jours que les habitants sont confrontés aux incivilités, à la violence, à l’insécurité. 

À en croire le Bourgmestre Emir Kir, l’alcool et les travailleuses du sexe sont au cœur des nuisances. Pourtant, ce ne sont pas les prostituées qui intiment aux passant l’ordre de baisser le regard et de respecter leur supposée “puissance”. Pas elles non plus qui alimentent le trafic d’armes ni celui de drogue. Pas elles, enfin, qui prennent le quartier en otage, obligeant ses habitants à se terrer chez eux, dans la crainte d’une balle perdue…

Cachez ce quartier que je ne saurais voir…

Le Quartier Nord, derrière la gare du même nom, est composé de deux parties : l’une située sur la commune de Schaerbeek et l’autre sur celle de Saint-Josse. C’est dans cette dernière que la situation ne cesse de se dégrader et l’inaction volontaire de la commune y laisse les habitants désespérés. 

Ces dernières semaines, profitant du beau temps, le trafic de drogue a pris le soleil : pratiquement tous les coins de rue semblent avoir leurs dealers attitrés, du moins jusqu’à ce qu’une bagarre ne les remplace par de nouveaux. Le trafic d’armes, plus discret, est également présent. Sans parler de celui des êtres humains, des marchands de sommeil, de l’exploitation de la misère humaine. 

La nuit, les habitants ferment leurs fenêtres malgré la chaleur, tant les cris, rixes, conflits, bris de verre et crissements de pneus sont fréquents et les empêchent de dormir. Le jour c’est le sang, les excréments et autres salissures de la nuit qu’ils récurent sur leurs trottoirs. Malgré les efforts des employés de la propreté publique, les détritus jonchent le sol et la saleté est omniprésente, tout comme l’odeur d’urine. 

Plus loin, sous le pont du chemin de fer, des enfants font la manche, comme le constate régulièrement notre conseiller communal Ecolo-Groen Saint-Josse-ten-Noode Pascal Lemaire, habitant du quartier depuis une décennie et qui a vu celui-ci se dégrader, toujours plus. La situation est connue, les promesses sont nombreuses, on va tout arranger à coup de millions. Et pourtant, le quotidien des habitants empire. Parce que les autorités communales refusent obstinément de reconnaître les vraies causes de ces problèmes.

De vrais problèmes, des coupables trop faciles, de fausses solutions

À tous ces maux les autorités communales ont trouvé le coupable parfait : la prostitution. Et d’axer toute leur communication sur la limitation drastique de celle-ci par l’adoption d’un “règlement prostitution” (cassé par 2 fois par le Conseil d’État) et la lutte féroce qu’ils mèneraient contre le trafic d’êtres humains. La solution ? Supprimer la prostitution existante et l’empêcher de s’installer en rachetant de nombreux immeubles dans le quartier à coups de millions… pour ensuite les murer, faute de réels projets – ce qui renforce le sentiment d’insécurité et fait augmenter le prix de l’immobilier, tout en laissant planer la menace de la spéculation dans le quartier. 

Actions unilatérales, non concertées avec les acteurs de terrains et non-coordonnées avec la commune voisine de Schaerbeek qui ont abouti à un échec. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’accord de Gouvernement bruxellois indique noir sur blanc l’importance de la coordination intercommunale et de l’inclusion de tous les acteurs dans le cadre de la gestion de la prostitution. Les erreurs répétées d’Emir Kir dans le Quartier Nord méritaient bien ce recadrage…

En attendant, ce sont au final les proxénètes qui se frottent les mains : non seulement ils valorisent leurs biens grâce aux deniers communaux, mais en plus ils s’empressent de prospecter pour acheter de nouveaux immeubles résidentiels non-encore achetés par la commune pour y installer leurs victimes… qui, souvent, ne savent pas vers qui se tourner.

Mais que fait la police?

La police fait ce qu’elle peut, cependant… On aurait pu croire que le choix d’implanter un commissariat au pied du quartier réglerait bien des problèmes. Mais force est de constater que sombre, à l’apparence d’une petite forteresse repliée sur elle même, cette enclave des forces de l’ordre semble n’avoir que peu d’impact sur la sécurité des habitants. Le refus, par le conseil de police, d’avaliser le projet de cellule dédiée au Quartier Nord semble quant à lui 

accréditer la thèse selon laquelle ce quartier très densément peuplé n’est pas une priorité pour les autorités. 

Le Quartier Nord doit être une priorité

La situation du Quartier Nord est due à une absence de vision politique couplée à un aveuglement coupable. Il est évident que cela doit changer, et vite. Ecolo-Groen Saint-Josse-ten-Noode demande au Bourgmestre de prendre conscience du vécu des citoyens dans ce quartier, d’accepter de reconnaître les causes réels de cette situation et de faire de l’amélioration du quotidien des habitants une priorité absolue. 

Il faut restaurer la sécurité, aider les habitants à sortir de leurs difficultés avec de vrais projets ciblés, reconstruire le cadre social permettant à tout un chacun d’y vivre et de s’y épanouir. Définir une partie de la population comme “indésirable” et en chasser des pans entiers sans leur proposer de moyens de survie ne sont pas des projets sociétaux.  

Les priorités doivent être au respect de la loi et au dialogue entre tous, politiques, forces de l’ordre, acteurs associatifs de terrain et citoyens, pour donner à ce quartier et à ses habitants le présent et l’avenir auquel ils ont droit.

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